L'Heureux Stratagème

de Marivaux
Création le 10 mai 1994
au Théâtre Municipal de Nevers

Reprise :
Festival d'Avignon
(Théâtre du Balcon),
à l'Étoile du Nord - Paris,
puis à la Comédie des Champs-Élysées - Paris.
 

200 représentations

 
  Écrite en 1773, la même année que "Le Petit Maître corrigé", la pièce est bâtie selon la formule complexe du chassé-croisé.

Ici, Marivaux dissèque le coeur d'une jeune Comtesse, en mettant à nu tous les rouages de ses passions et des ses propres contradictions.

Elle aime Dorante, mais aussi le Chevalier ; et si elle n'aimait le Chevalier que pour mieux aimer Dorante ? Mais en fait, aime-t-elle réellement le Chevalier ? Et Dorante, alors ?

Sous prétexte qu'elle est femme (au nom de l'infidélité revendiquée), elle se coupe elle-même des élans naturels de son coeur, au profit d'un code amoureux qu'elle a instauré, sans voir que le bonheur est là , sous ses yeux.

Le stratagème réuèssira-t-il ou non ? Marivaux joue avec nos nerfs...
 


Mise en scène
Jean Luc REVOL
assisté de
Valérie NEGRE


Avec
Nathalie HUGON La Comtesse
Judith ELZEIN La Marquise
Eric CHIMIER Dorante
Franck JAZEDE Le Chevalier
Marina FOÏS Lisette
José PEREIRA Arlequin
Jean Luc REVOL Frontin
Valérie MOUREAUX Dame Blaise
ou Louise JOLLY Dame Blaise


Costumes
Aurore POPINEAU

Décors
Sophie JACOB
assistée de
Patricia RABOURDIN
et Michele CHAUTARD


Lumières
Philippe HENRY

Régie
Frédéric WARNANT

Photos
Rémi BOISSEAU

   
  PRESSE
  Une divine surprise
LE FIGARO - 31 janvier 1995
 
  Il y a, dans certaines interprétations de Marivaux, une sorte de badinage poli et glacé qui se dévoie en philosophie de salon, en esthétique de jardin : ces jeux de marbre, ces subtiles prouesses scénographiques (où se lit, au poids, le montant de la subvention), nuisent à la vérité des sentiments. Ici, au contraire, tout s'émeut, tout s'éclaire, tout s'anime, avec fraîcheur et sincérité, d'une note aventureuse, actuelle, spontanée. Quelle aubaine !

Dans un décor modeste, en carton, qui favorise les entrées et les sorties des comédiens, la mise en scène de JeanLuc Revol allie la précision, la justesse, la clarté. Il y a un je-ne-sais-quoi d'immédiat, de contemporain, une sorte de vigueur déboutonnée, dans ce travail, qui devrait gagner le public le plus juvénile. On se croirait dans un conte à la Rohmer : les complications du cœur s'allègent, se simplifient, dans un scénario où les adolescents d'aujourd'hui sont presque surpris de se reconnaître. On notera que la compagnie de Jean-Luc Revol s'appelle le Théâtre du Caramel Fou, ce qui ne serait jamais venu à l'esprit de Robert Manuel en son temps.

Tous ces jeunes comédiens, doués d'une belle énergie, nous transmettent leur pur plaisir de jouer. Jean-Luc Revol lui-même compose un Frontin noir et patibulaire, agent double plutôt que valet. L'Arlequin de José Pereira penche du côté de Gaston Lagaffe. Un seul reproche : Frank Jazède, qui contrefait sans nuances l'accent gascon, manque de grâce dans le Chevalier. Sans vouloir semer la zizanie, ce sont surtout les filles qui nous ébranlent et suscitent le plus d'émotion.

Nathalie Hugon dans la Comtesse et Judith Elzein dans la Marquise opposent à leurs sigisbées de subtiles froideurs et des sévérités qui vous glacent. Puis, elles évoluent, tour à tour vulnérables, jalouses ou perfides. Nathalie Hugon est bouleversante dans sa crise de nerfs contenue à l'acte III. Quant à Marina Fois, charmante et naïve Lisette, avec sa diction qui s'étrangle au bord du hoquet, du sanglot, elle est sans doute la plus proche de cette stupeur d'enfance, de ce présent pur qui est dans la langue même de Marivaux elle est craquante.

Quelle pièce ! Personne, sans doute, ni Flaubert, ni Henry James, n'est allé aussi loin dans la perception intime d'un cœur de femme. La Comtesse de L'Heureux Stratagème est sans doute le personnage le plus troublant, le plus vrai, conçu par Marivaux. Sainte-Beuve, ce Cupidon en pantoufles, qui désapprouvait la légèreté, l'aurait détestée, car elle hausse le marivaudage au rang du happening, d'un art insidieux, improvisé et dangereux. La Comtesse gagne, la Marquise perd : à la fin, celle-ci erre, en proie à la désolation, tandis que résonne l'air d'Almirena, Lascia ch'io pianga, du Rinaldo de Haendel. Divine surprise de l'amour déçu et de la désillusion baroque. Bravo Revol !
   
Frédéric FERNEY
     
  Coup de coeur
LE FIGARO - 27 juin1995

Le spectacle continue de plaire grâce à sa précision, sa justesse, sa clarté, sans jamais céder à une actualisation forcée.

Frédéric FERNEY
Ce marivaudage est sans pitié
LE CANARD ENCHAÎNÉ
12 juillet 1995

Ainsi tourne la pièce pareille à une montre suisse. C'est la quête d'un absolu hors d'atteinte qui apparaît, d'où cette sorte de désespoir sous la politesse que nous fait toucher de façon fort sensible Jean-Luc Revol dans sa mise en scène.

Bernard THOMAS